Témoignages

L’amour est primordial

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Loris Pinton vit à Lausanne, dans un petit appartement du centre-ville. Entre son lit et sa cuisine trône un ordinateur allumé, pilier central de sa nouvelle vie. Il y a dix ans cet ancien ferrailleur à béton a été victime d’un grave accident de voiture qui lui sectionna irrémédiablement la 8ème dorsale de la colonne vertébrale. Après 37 ans de vie active, ce père de famille se retrouve deux mois et demi dans le coma. A son réveil au Centre Suisse de Paraplégiques de Nottwil, le verdict est sans appel: il ne quittera plus son fauteuil roulant. Une nouvelle histoire commence alors.

Loris, comment vous êtes-vous retrouvé dans ce fauteuil?

L’accident s’est produit le 17 avril 2007 vers 21h. A 2km de chez moi. Sauvé par les pompiers je suis arrivé dans le coma à l’hôpital de Varese. C’est pendant mon long sommeil que j »ai été héliporté à Nottwil, dans l’un des meilleurs centres pour paraplégiques du monde. Là-bas, l’équipe a tout fait pour moi. Je me suis réveillé après deux mois et demi de coma. Cela a été comme une deuxième naissance. Quand je suis rentré chez moi, rien n’allait plus. Incapable de marcher et de courir, j’ai dû quitter le domicile conjugal pour retourner chez ma mère et divorcer peu de temps après. J’ai ensuite vécu 5 ans dans un foyer avec des gens qui traversaient tous une dure épreuve. Seul, abattu et sans intimité, je ne m’y suis jamais senti à ma place. Ni dans mon cœur, ni dans mon âme. J’ai tout perdu le jour de cet accident. J’étais malheureux et j’avais envie de mourir.

Qu’est-ce qui vous a aidé à reprendre goût à la vie?

Grâce à Dieu, j’ai trouvé cet appartement dans lequel je suis libre désormais. Et grâce au personnel soignant et à Pierre-Yves * j’ai repris ma vie. Je peux enfin aller de l’avant.
Je ne suis pas très doué avec l’informatique, et les séquelles d’un long coma n’aident pas pour la mémoire. J’apprends lentement, je vis dans ma chambre, je me sens en dehors du monde, mais grâce à l’ordinateur et à ce que j’apprends lors de mes cours d’informatique à domicile, je suis maintenant en lien avec l’extérieur. Grâce à Facebook, j’ai repris contact avec mon fils, qui a aujourd’hui 18 ans et qui vit loin de chez moi.

En rencontrant Pierre-Yves*, j’ai trouvé une oreille attentive, une réelle écoute. Il a compris mon histoire, il m’a sorti de ma solitude et de mon marasme. Sans lui, je ne serais pas si content: il m’a redonné de l’espoir. Je suis reconnaissant. C’est rassurant de savoir que je peux compter sur lui et sur ses connaissances. Désormais, vivre sans ordinateur serait encore pire que vivre sans mes jambes, sans mes oreilles ou sans rien du tout.

Je crois savoir qu’une amie d’enfance a repris contact avec vous via Facebook. Avez-vous une bonne nouvelle à nous communiquer?

(Loris devient timide, baisse un peu la tête, sourit discrètement. Il semble se détendre et finit par répondre.) Oui. Ma Julia* (prénom d’emprunt). Cette fille, cette femme, qui m’a connu il y a trente ans, est venue me voir. Et une belle histoire a démarré.

* (formateur easyswap)

A propos de Natalia Mottier

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